Réactions suite au massacre du 7 octobre 2023

Le massacre et la prise d’otages de Juifs en Israël le 7 octobre devraient arracher à leurs illusions ceux qui ont pu croire que le Hamas s’était éloigné de ses origines extrémistes. Pourtant, les manifestations et propos propalestiniens dans les pays occidentaux, et ce, dès le lendemain des crimes, soulèvent une question troublante : ces réactions découlent-elles d’une ignorance des motifs profonds des ennemis d’Israël, ou expriment-elles une vision qui leur est commune?

On peut y voir un mélange de sentiments, allant des profondes inquiétudes devant le drame qui se déroule à la démonisation d’Israël. Les déclarations incendiaires d’universitaires[i], de politiciens[ii], de syndicats[iii], de conseillers scolaires[iv] et de simples citoyens[v], rapportées par plusieurs médias, laissent malheureusement croire que ce second sentiment n’est pas isolé. On a beau se rétracter, reste que si les mots ont un sens, il faut leur accorder toute l’importance qu’ils méritent.

C’est le cas de la déclaration conjointe des trois associations étudiantes de l’université York, émise le 12 octobre[vi]. On pourrait en dire long sur ce charabia pseudo-analytique, avec ses « soi-disant Israël » et ses « soi-disant Canada ». Mais ce qui est condamnable, c’est décrire le massacre du 7 octobre comme un acte de résistance du peuple palestinien, en réponse directe au génocide que commettrait Israël depuis sa fondation. Le texte est particulièrement honteux dans son avertissement au lecteur que son contenu traite de génocide et de violence continue en Palestine. Fait à noter, il renvoie à un site web[vii], dont il s’inspire présumément, qui rejette une solution à deux États, puisque celle-ci ne ferait que légitimiser et perpétuer l’État d’Israël perçu comme puissance colonisatrice.

L’administration de l’université a vite réagit et demandé que les associations clarifient qu’elles n’endossent pas la violence contre les Juifs, demande qui est restée sans réponse jusqu’à maintenant. Pour sa part, la section locale du syndicat canadien de la fonction publique à l’université York, représentant les membres du corps professoral et bibliothécaires à temps partiel ainsi que les adjoints à l’enseignement, a émis le 18 octobre sa propre déclaration de solidarité avec la Palestine, qui prend la défense des associations étudiantes et rivalise avec celles-ci dans la pauvreté de son analyse[viii].

On le sait, et il l’admet lui-même sans ambages, le Hamas est une organisation qui souhaite anéantir Israël. Son antisémitisme affiché est classique : les Juifs engendreraient les grands maux de la planète, des révolutions aux guerres mondiales, et, grâce à l’argent, contrôleraient les médias et comploteraient d’envahir le monde musulman[ix]. Bien sûr, ses crimes s’inscrivent dans des intrigues politiques compliquées, telle que la normalisation de la relation entre Israël et l’Arabie Saoudite, et sont l’expression de rapports de pouvoir qui dépassent largement Gaza. Et bien sûr, comme toute organisation moindrement complexe, le Hamas englobe plusieurs éléments à la fois: médecins, enseignants, fonctionnaires, et aussi une aile armée, les brigades al-Qassam, responsables du massacre[x]. N’empêche que son idéologie est fondée d’abord et avant tout sur une lutte à mort contre Israël, parce qu’État juif, et qu’il faut interpréter ses actions à travers ce prisme.

Un sondage mené en juillet 2023[xi] indique que 57 % des habitants de Gaza avaient une opinion assez favorable du Hamas, tout comme les habitants de la Cisjordanie (52 %) et de Jérusalem Est (64 %). Le Djihad islamique palestinien, qui lui-aussi veut anéantir Israël et qui est soupçonné d’avoir frappé l’hôpital Al-Ahli[xii], recevait l’appui d’environ trois quarts des habitants de Gaza. Bien qu’il faille éviter de faire des amalgames entre les visées des groupes terroristes et les revendications des populations civiles, et bien que ces appuis aient possiblement pu changer depuis le 7 octobre, force est de constater qu’une bonne partie de l’opinion publique à tout le moins ne rejette pas le Hamas.

Un autre sondage mené en juin 2022[xiii] démontrait un déclin significatif de l’appui des habitants de la Cisjordanie et de Gaza à une solution à deux États (de 40 % à 28 %), ou encore à une solution à un seul État où Juifs et Palestiniens jouiraient des mêmes droits (de 32 % à 22 %). Ce même sondage indiquait qu’une majorité des habitants de Gaza (77 %) estimait que les attaques armées en Israël font avancer leurs intérêts nationaux. Encore ici, la prudence est de mise, puisque ce sondage a été réalisé à la suite d’une série d’événements, dont la mort de la journaliste Shireen Abu Akleh par un tir israélien, et, répétons-le, pourrait donner des résultats différents s’il était mené aujourd’hui. Ces chiffres remettent néanmoins en question certains présupposés au sujet de la nette préférence pour deux États.

Si je juge la question de départ troublante, c’est que dans un cas comme dans l’autre, que ce soit par ignorance ou par affinité idéologique, les propos que l’on entend en Occident inquiètent avec raison la diaspora juive. Le massacre contre les Juifs d’Israël est déjà dilué dans le cycle des nouvelles. On le comprend, Gaza subit présentement l’opération militaire de défense d’Israël, avec tout le drame humain que cela comporte. Mais il ne faut pas oublier l’une des racines du problème, soit cet instinct primordial contre Israël, parce qu’État juif, qui s’est manifesté le 7 octobre sous sa forme la plus odieuse, et qui traverse certains courants idéologiques dans nos propres sociétés.


[i] Voir par exemple “US University professors retract blaming Israel for Hamas massacre after censure”, Times of Israel, 21 octobre 2023.

[ii] Voir par exemple “Hamilton NDP MPP apologizes after comments about Israel-Hamas conflict”, CBC News, 11 octobre 2023.

[iii] Voir par exemple “As Canadians react to Israel-Hamas conflict, deeply held beliefs expose an emotional divide”, CBC News, 9 octobre 2023.

[iv] Ibid

[v] Voir par exemple “ ‘No wonder Hitler wanted rid of them’: Citibank fires employee over anti-Israel post”

[vi] Statement of Solidarity with Palestine, York Federation of Students, York University Graduate Students’ Association, Glendon College Student Union, 12 octobre 2023.

[vii] decolonizepalestine.com

[viii] Statement of Solidarity with Palestine and Student Activists, Canadian Union of Public Employees, Local 3903, 18 octobre 2023.

[ix] Hamas Covenant 1988, The Avalon Project, Documents in Law, History and Diplomacy, Yale Law School.

[x] “What is Hamas, the militant group that rules Gaza?”, The Guardian, 12 octobre 2023.

[xi] Voir l’analyse de Catherine Cleveland et de David Pollock du sondage réalisé par le Palestinian Center for Public Opinion pour le compte du Washington Institute for Near East Policy, 10 octobre 2023.

[xii] Victor Mérat, « Conflit Israel-Hamas : Qu’est-ce que le Djihad islamique palestinien? », Le Figaro, 18 octobre 2023.

[xiii] “Public Opinion Poll No 84”, Palestinian Center for Policy and Survey Research, 28 juin 2022.

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